"Peter Pan", J.M. Barrie (1911)

Dernière mise à jour : 30 sept.




"Rêve ta vie en couleur, c’est le secret du bonheur… ". Est-ce que tu as en tête la musique du dessin animé de Walt Disney ? Aujourd’hui je t’invite à (re)découvrir la vraie histoire de Peter Pan. Je te préviens tout de suite, elle n’est pas très joyeuse et j’espère ne briser aucun souvenir d’enfance avec cet article ;)


On doit le personnage de Peter Pan à Sir James Matthew Barrie (1860-1937), un écrivain écossais. Ses écrits sont influencés par plusieurs éléments qui sont: le folklore écossais, les histoires racontées par sa mère et sa vie personnelle. Ainsi, en 1885, il publie Auld Licht Idylls, un roman basé sur les histoires que sa mère lui racontait. S’il n'a jamais eu d’enfant, il fut très proche de la famille Llewelyn Davies qui comptait cinq enfants dont Peter, John et Michael. Il a passé beaucoup de temps avec eux, notamment à Kensington Gardens, et leur racontait des histoires.


Peter Pan est un personnage récurrent de l’oeuvre de J.M. Barrie. Peter Pan est publié en roman en 1911 mais le personnage de Peter Pan apparait pour la première fois en 1902 dans le roman Le Petit Oiseau blanc. Peter Pan est tiré de la pièce de théâtre Peter et Wendy, jouée pour la première fois sur la scène londonienne en 1904.


Le roman raconte l’histoire des Darling qui voient leur vie basculer le jour où leurs enfants Wendy, Jean et Michel (John et Michael en anglais) s’envolent par la fenêtre de leur chambre pour suivre Peter Pan au pays imaginaire (Neverland en anglais).


I. Un roman sur l’enfance

L’enfance désigne la période qui se situe entre la naissance et l’adolescence. L’âge adulte est supposé représenter la fin de la croissance. La haine profonde de Peter Pan dessine une frontière entre les enfants et les adultes.

Enfants

Adultes

Grandissent

Ne grandissent plus

Vivent dans l’instant présent. Ont tendance à oublier le passer et ne se projettent pas dans le futur.

​Ont conscience du passé même s’ils oublient leur enfance. Vivent dans le présent et se projettent dans l’avenir.

Peuvent voler

Ne volent pas (ils ont littéralement les pieds sur terre)

N'ont pas le sens des responsabilités

Doivent assumer des responsabilités et doivent assumer la protection et sûreté de leurs enfants.

Rêvent et croisent. C'est grâce à eux que le pays imaginaire existe.

Sont plus pragmatiques.

Jouent.

Travaillent


Dans Peter Pan, la frontière entre les adultes et les enfants est parfois floue. Certains adultes se comportent comme des enfants: c’est notamment le cas de M. Darling qui refuse de prendre un médicament qui a mauvais gout et qui trouve cela drôle de le mettre à la place dans la gamelle de Nana. Certains enfants se comportent comme des adultes: Wendy en est l’exemple par excellence puisqu’elle va prendre ses deux frères sous son aile mais aussi les enfants perdus.


Peter Pan met en scène les enfants perdus, ces enfants qui dépendent de Peter et qui grandissent sans adultes. Ce qui manque aux enfants perdus c’est avant tout une mère. Une mère pour les aimer, pour les border dans leur lit le soir, pour s’occuper d’eux et pour leur raconter des histoires (comme la mère de J.M Barrie). Peter Pan pense que Wendy pourrait être une mère de substitution parce qu’elle raconte des histoires, mais Wendy n’est qu’une enfant et ne peut pas remplir complètement ce rôle de mère de substitution.


Si Wendy s’attache aux enfants perdus, elle ne veut pas être la mère de Peter, puisqu’elle est amoureuse de lui, et se comporte donc plus comme sa petite femme (ex: quand elle recoud son ombre).

II. Le pays imaginaire et le personnage de Peter Pan

Avant de s’attarder sur le pays imaginaire, j’aimerais préciser que le monde “réel” de J.M Barrie comporte déjà des éléments imaginaires. Non seulement il y a bien sûr un enfant qui vole qui vient écouter des histoires à votre fenêtre mais aussi, la nounou des enfants Darling, Nana, qui est un chien !


Le pays imaginaire est le pays des rêves et a donc un aspect merveilleux. Les enfants Darling, qui ont fait le voyage avec la fée Clochette, rencontrent des sirènes et des oiseaux géants. Le pays imaginaire est peuplé de trois groupes qui interagissent en boucle: les Indiens qui poursuivent les pirates, qui poursuivent les enfants perdus, qui cherchent Peter Pan. Peter Pan est l’élément clé du pays imaginaire: tout tourne autour de lui. S’il est absent, c’est toute la dynamique du pays imaginaire qui s’éteint.


Mais les rêves peuvent aussi se transformer en cauchemars et le pays imaginaire est aussi pays cruel et dangereux. Quelques exemples:

  • la fée Clochette tente de tuer Wendy par jalousie;

  • les pirates et les indiens sont en conflit perpétuel et les pirates enlèvent Lily la tigresse pour la noyer;

  • Peter Pan tue les enfants qui grandissent (oui oui).

Si les enfants aiment jouer, ici les jeux sont dangereux. La mort (risque de mourir et peur de mourir) est omniprésente dans le roman. J’y viendrais dans la partie III mais avant, j’aimerais m’attarder un peu sur le personnage de Peter Pan. Peter Pan raconte à Wendy qu’il a quitté ses parents alors qu’il était enfant parce qu’il ne voulait pas grandir. Il s’est réfugié dans les jardins de Kensington (Londres ; on peut d’ailleurs aujourd’hui y trouver une statue de Peter Pan) et a fait la rencontre de la fée Clochette et d’autres fées qui l’ont pris sous leurs ailes (littéralement). Au passage, les fées sont omniprésentes dans le folklore écossais donc ce n’est pas un hasard de les voir apparaitre dans Peter Pan.


Peter Pan est donc un enfant qui ne grandira jamais. Certaines adaptations du roman, et je pense notamment à Hook (1991), ont imaginé un Peter Pan adulte mais dans le texte original il s’agit bien d’un enfant qui restera un enfant. Sans doute parce que c’est un enfant, il attire la sympathie voir même l’amour dans le cas de la fée Clochette et de Wendy, mais lui n’aime personne. Oui il va sauver Wendy et Lily la Tigresse mais il ne sait pas ce qu’est l’amour. Il ne comprendra jamais les sentiments que Wendy et la fée Clochette vont lui exprimer et fait preuve d’une empathie quasi nulle. Peter Pan a besoin d’être constamment le centre de l’attention et tient donc absolument à être le leader des enfants perdus qui ne sont là que pour flatter son besoin d’attention. Et je le réécris, oui, Peter Pan est un personnage cruel qui tue les enfants perdus s’ils estiment qu’ils ont grandi et perdu leur innocence parce que Peter Pan a une haine profonde des adultes.


III. Les notions de temps et de mort dans Peter Pan

Ces deux notions sont véritablement clé dans le roman de J.M Barrie et elles sont liées.


Dès lors que les enfants Darling quittent leur chambre, ils perdent complètement la notion du temps. Ils ne savent pas combien de temps ils volent pour rejoindre le pays imaginaire et une fois là-bas, ils ne savent pas non plus mesurer le temps qui s’écoule. Le pays imaginaire et le monde réel ont tous les deux des routines mais celle du pays imaginaire n’est pas déterminée par les heures de la journée.


Je l’écrivais plus tôt: les enfants vivent dans l’instant, leur rapport au temps se cantonne donc uniquement au présent et ne tient compte ni du passé, ni du futur. Peter Pan oublie tout et va même jusqu’à oublier qui sont Wendy et la fée Clochette. Wendy va lutter durement pour que Jean et Michel se souviennent d’où ils viennent et qui sont leurs parents.


Pourtant, le temps n’est pas figé au pays imaginaire ce qui signifie que non seulement les enfants perdus grandissent mais aussi que les adultes vieillissent. Vous vous souvenez du crocodile qui poursuit le Capitaine Crochet parce qu’il aimerait manger un peu plus que sa main? Vous vous souvenez peut-être aussi que ce crocodile à manger une horloge/un réveil et qu’on l’entend arriver de loin car il fait “tic-tac-tic-tac”? Si ce n’est pas une belle allégorie du temps qui passe et qui rapproche de la mort, je ne sais pas ce qu’il vous faut ;) Le Capitaine Crochet, pirate respecté, est pourtant terrifié par ce crocodile qui le menace : on peut parler de thanatophobie (peur de la mort).


En parlant de la mort (je vous ai prévenu en intro que cet article ne serait pas très gai…), Peter Pan est sans nul doute un roman sur le deuil. Un enfant qui meurt est, de fait, un enfant qui ne grandira jamais…Les enfants qui sont abandonnés et/ou qui meurent sont des enfants perdus…Il faut tout d’abord remettre l’ouvrage dans son contexte: au début du XXes, le taux de mortalité infantile au Royaume-Uni était bien plus élevé aujourd’hui. La mort des enfants en bas âge était donc une triste réalité bien commune tous comme les abandons d’enfants. Lorsque Mme Darling tombe enceinte de Wendy, M. Darling se demande si le ménage est en mesure d’assumer financièrement un enfant.


J.M Barrie est familier du deuil d’un enfant puisqu’alors qu’il n’a que sept ans, il perd son frère David, de six ans son aîné, dans un accident. On raconte que pour consoler sa mère, il se serait mis à porter les vêtements de son frère pour le lui rappeler…


Conclusion

Ainsi s’achève cet article sur Peter Pan. J’espère que tu l’as trouvé intéressant :D Si oui, n’hésite pas à laisser un commentaire et à le partager!

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